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POUR UNE RÉCONCILIATION SINCÈRE ET INCLUSIVE EN GUINÉE

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L’idée de ce projet est de poser les premières bases de la reconstruction nationale en Guinée. La réconciliation nationale n’est pas un vain mot. Elle n’est pas un fait du hasard. Comme le développement, c’est un processus préalablement réfléchi et minutieusement entretenu. Pour son effectivité pleine et efficace, elle doit être appuyée par des actions concrètes et constructives. Pour que ce concept prenne sens dans la réalité, il nous faut impérativement des plans préétablis issus d’une réflexion bien mûrie.

Pas la peine de rappeler la fragilité de notre tissu social viscéralement endommagé, fracturé. Pas la peine de rappeler la déliquescence de la cohésion sociale dans notre pays.

Pas la peine aussi de rappeler que l’évolution historique de la Guinée est faite en partie de tragédies macabres, d’injustices, de traumatisme, de sang. Pas la peine de rappeler que notre pays a servi de théâtre à de crimes infamants.

La Guinée, à ce stade où elle est, a besoin d’un véritable projet de réconciliation nationale. Mais une réconciliation nationale sincère et réelle qui va réunir tous les guinéens de quel que bord éthique où ils viennent.

À cet effet, les nouvelles autorités doivent — si effectivement elles sont là pour ressouder ce pays profondément divisé et réparer notre mémoire collective tronquée — porter un projet exclusivement axé sur la réconciliation nationale. Ce projet sera ouvert à toutes les structures faîtières qui évoluent dans ce sens et doit prendre en compte les propositions — les plus pertinentes et les plus viables bien sûr — faites par celles-ci.

En ma qualité de jeune écrivain et de citoyen guinéen, je propose ici quelques éléments essentiels autour desquels ce projet doit réellement s’articuler.

1 – Le deuil national

Il faut mettre en place un comité qui va piloter cette partie du projet. Son travail sera méthodique et pratique : répertorier les fosses communes (charniers), enregistrer les victimes des différents régimes politiques qui se sont succédé à la tête du pays et ouvrir un procès pour faire lumière sur les affaires impliquant les dirigeants, les militaires ou de simples civils et réparer les victimes. Cette répartition ne doit pas être partielle. Elle doit au contraire se faire sur tous les plans : la reconnaissance claire et assumée des faits d’oppression, d’injustice et de crime commis, l’excuse publique et la sanction des auteurs s’ils sont toujours vivants.

2 – Le planning national

Il faut mettre en place un autre comité qui va se charger des questions relatives au social. Pas la peine de rappeler que la Guinée souffre d’une ethnicité à outrance — exacerbée. Donc, cette partie du projet doit avoir pour principal objectif : l’encouragement des politiques de mixité dans notre société.

Jadis, les grands empires, pour signer un traité de paix, se liaient par une union sacrée scellée entre leurs enfants par le mariage. Cela les rapprochait les uns des autres, les contraignait à surseoir à leurs velléités belliqueuses et les empêchait de céder à leurs tentations meurtrières. Une sorte de coexistence pacifique. Pour un petit pays comme la Guinée dont la population ne dépasse les 12 millions d’habitants et qui est de surcroît liée par l’histoire, cela doit être moins compliqué.

Ce projet doit être essentiellement centré sur l’encouragement des mariages mixtes ou intercommunautaires et la récompense des couples qui entretiennent ce genre d’union, et ce, en vue de faire de la Guinée une famille une et indivisible. À rappeler que cette partie du projet sera un processus à long terme.

3 – Le cousinage à plaisanterie

Le même comité doit se donner pour objectif le raffermissement des liens de fraternité entres les différentes composantes de la Guinée à travers des pratiques coutumières qui favorisent l’entente, la concorde, la solidarité et cultivent l’esprit de pardon et de tolérance entre nos communautés. Pas la peine de rappeler le rôle majeur que cette pratique de cousinage à plaisanterie a joué dans le rapprochement des rapports entre les différentes ethnies du pays, souvent, autour de certaines activités collectives. Il faut donc le renforcer, car il est d’un apport inestimable.

Il s’agit là de simples propositions faites par un jeune de 22 ans, donc qui peuvent être bien approfondies, améliorées et enrichies par d’autres personnes (des sociologues, des anthropologues, des historiens ou de simples citoyens qui aiment ce pays et voudraient le voir un jour uni et prospère.)

L’heure n’est plus de s’adonner à des inanités mais plutôt de repenser notre vivre-ensemble, de réfléchir sur notre destin de guinéen. Car comme le dit l’autre :  « On s’est longtemps gavés des fruits de l’oubli.» Il est à présent temps de s’empiffrer des fruits succulents de la mémoire et de la réconciliation.

Sékou Chérif Haïdara, écrivain.

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